Donneurs de leçons
Hier, je suis allé me coucher pas trop tard, dans les environs de 23h. À peine avais-je fermé les yeux qu’ils se rouvraient. Je n’arrivais plus dormir. Il était 3 heures du matin et plus moyen de me rendormir. Alors j’ai rallumé mon PC et j’ai commencé à écrire un nouveau scénario Le garçon à la caméra que j’avais en tête depuis la veille qui raconte l’histoire d’un jeune mec de la tess qui trime à l’usine pour s’acheter une caméra et qui s’en servira pour faire des films de commande (films institutionnels, mariage etc)qu’il “détournera” malgré lui.
Rien à faire, j’étais pas prêt de dormir. J’ai enfilé un jeans une chemise et je suis sorti. Au retour j’ai vu le petit frère d’un mec que tout le monde connaît puisqu’il passe à la TV et à la radio pas trop régulièrement (accessoirement, je crois qu’il a été “disque d’or”, mais pas sûr), mais pas mal quand même. Il avait pas mal bu.
— Oh Prince, qu’est-ce que tu fous à marcher seul !
— Je dormais pas et j’avais des trucs qui tournaient en tête…
— Tu ne changeras jamais. Sur ma tête, tu ne changeras jamais !
On a un peu discuté de tout et de rien, puis de choses plus sérieuses
— J’ai essayé de te joindre quand j’ai appris pour ta fille…
— C’est la vie Prince… Y a eu M, maintenant ma fille… Ça me poursuit.
— Tu crois ?
— Un de ces jours, ça sera moi, tu verras. C’est certain.
Quand je suis rentré, il était 5h du mat, je me suis préparé pour aller à mon job à l’usine pour les vacances, pendant ce temps je recevais un message «Travail bien, moi je vais au lit» ce à quoi j’ai répondu à chose près par un «Ha ?», «J’ai invité des voisins dans ma tente», «t’as fait des folies de ton corps ?», «Non, ils étaient seulement deux», «Un c’est déjà suffisant pour ça», «Mais non, je vais aller dormir en pensant à toi». Ça m’a fait plaisir que quelqu’un pense à moi à cette heure de la journée où je me pensais seul. C’était inattendu. Ça a égaillé ma journée.
Avant hier, je me suis encore levé vers 3h et puis machinalement je me suis connecté à fb juste histoire de… Y avait naturellement toujours les mêmes, j’ouvre une autre table sur mon navigateur firefox pour lire un peu les news. Ça n’avait pas trop changé depuis mon couché. Bon je me décide à dormir encore un peu quand un pote m’interpelle sur Fb qui vit depuis quelques années aux USA, on discute… Je sentais le truc arriver et c’est arrivé avant que je ne puisse fuir la conversation. Il allait pas trop bien pour une histoire de coeur — naturellement. Après quelques minutes à le lire, je me décide de l’appeler pour mieux saisir, malgré tout avec la crainte qu’il me demande mon avis…
— Salut gars ! La pêche ?
— C’est lourd…
On parle, je l’écoute attentivement, je réfléchis beaucoup à ce qu’il me dit, je veux dire que son histoire m’intéresse d’autant plus que ça met en perspective des choses que j’ai connues, que je connais et que je connaîtrai dans le futur encore — peut-être. J’écoute une vingtaine de minutes sans rien dire hormis pour lui demander de répéter certaine chose parce que la ligne n’est pas top. Il m’arrive assez souvent d’être immature pour l’une ou l’autre chose et aussi il m’arrive assez souvent d’être un peu prétentieux quand ça me prend — il parait — mais je me sens avoir passé l’âge de donner des conseils alors je ferme ma gueule et j’écoute.
— Qu’est-ce que tu en penses ?
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
J’en pensais énormément de chose, mais rien qui relève de la véritable question sous le «Qu’est-ce que tu en penses ?» qui est «Quel conseil me donnerais-tu ?».
— Ché pas moi… t’en dis quoi ?
J’ai un peu balbutié au téléphone couché dans le lit de mon frère. J’avais évidemment des conseils tout faits à lui donner, mais je me sentais malhonnête à l’idée de lui fournir. Il m’est venu alors nettement dans l’esprit un passage du discours de la méthode de Descartes.
“Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai taché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent ; et s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables.“
— Bon écoute mec, j’en sais strictement rien… Vraiment… Y a que toi qui sais et elle… Tu vois ce que je veux dire ?
— Oui…
— Moi je peux juste t’écouter et peut-être te poser des questions sur ce que tu me dis pour t’aider à ouvrir de nouvelles voies… Parce qu’il arrive souvent qu’on tourne en rond…
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— La psychanalyse, ça sert pas à grand chose, cependant il faut reconnaître que les psy sont pas méchants… Je veux dire ils ne donnent pas de conseils et ils essayent juste de casser ta logique de pensée pour t’ouvrir de nouvelles perspectives… Quand tu es seul et que tu penses un problème et surtout un problème de coeur, j’ai l’impression qu’il arrive assez souvent qu’on le tourne dans le même sens alors qu’on a l’impression d’avoir progressé dans notre réflexion… Au moins en posant les bonnes questions, on peut permettre à l’autre de voir le problème autrement… Mais mec, je suis juste incapable de te donner des conseils et franchement j’ai passé l’âge d’en donner…
Il a ri. Ça m’a fait plaisir.
— Déjà ta copine, je la connais très peu, toi je te connais bien mais à la fois je ne te connais pas. Réveille-toi quoi… On peut sonder les profondeurs de l’océan, mais dis-moi qui connaît le coeur des hommes ?
— Tu dois te dire que je fais ma couille molle ? m’a-t-il dit en souriant.
— Bien sûr d’autant plus que je parie que je suis pas le premier à qui tu demandes conseil, mais je te rassure, ça m’arrive aussi, mais mec : y a que toi qui sais et quelqu’un qui essaye de te convaincre de quelque chose, je te le dis parce que tu es un ami : fuis-le…
— Pourquoi ?
— Un mec qui essaye de te convaincre de quelque chose, c’est juste qu’il essaye de te dominer ! D’avoir l’ascendant ! Et après il se dit quoi ? Il chantonne en étant fier d’avoir convaincu quelqu’un que son conseil était le meilleur ! C’est tout mec.
Je m’excitais sans trop de raisons
— D’ailleurs sont-ils irréprochables ? Sont-ils bien dans leur peau ?
— J’avoue pas trop, il a répondu en riant encore.
— Mais mec, faut pas avoir fait math sup math spé, chose que tu as faite pour te dire qu’en plus, c’est certainement pas à eux que je devrais demander des conseils. Veulent-ils même ton bonheur alors qu’ils sont mal ? Est-ce qu’ils veulent que tu sois mieux qu’eux pendant qu’ils sont mal dans leur peau ? Tu crois… Moi est-ce que je suis bien dans ma peau ?
— C’est l’impression que j’ai…
Je me suis levé du lit en portant ma main libre sur le crâne.
— Gars, réveille-toi. Je suis plein de doutes sur tout. En ce moment je me dis que je devrais pas trop me casser la tête à essayer d’être réalisateur et bosser comme vous tous comme informaticien ou devenir prof de math. Je me dis que je devrais faire ça comme ça ou plutôt comme ça ! Hallo mec ! Ici la terre ! Réveille-toi ! Quel conseil veux-tu que je te donne alors que moi-même je suis pas dans la meilleure période de ma vie ?
— Je sais que t’as raison, mais des fois, c’est juste plus fort que soi d’aller demander des conseils…
— je le sais… En tout cas, moi je t’écoute autant que tu veux mec, mais la seule chose que je peux te conseiller, c’est de parler avec elle en étant à l’écoute de ton coeur et …
— De ton coeur, il a répété moqueur.
— Mais mec, si ça te fait rire, je te laisse seul et tu peux juste aller te suicider.
— T’es con Prince ! Mais vas-y continue.
— Tu t’écoutes et tu l’écoutes seulement. Si tu penses que c’est ok, mec fonce ; si tu penses que c’est pas ok, ne fonce pas. Voilà tout ce que je peux dire, tu oublies tout et tu te fais confiance ! Et éventuellement tu lui fais aussi confiance. D’ailleurs tu l’aimes ?
— Oui…
— Alors déjà tu devrais oublier tous les gens qui t’ont dit de lâcher l’affaire… Et au pire garder les gens qui te demandent de tâcher de faire quelques approximations
— On se revoit quand ?
— Un de ces jours… Ciao gars
— Ciao Prince.